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 On my way [Prologue]

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MessageSujet: On my way [Prologue]   Lun 18 Jan - 14:44

PROLOGUE

... On my way ...



« Dites à mes amis que je m'en vais
Je pars vers de nouveaux pays »

Neuf cent quatre-vingt-dix-sept… Neuf cent quatre-vingt-dix-huit…
Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf…
Mille !


Asher ouvrit enfin les yeux.
L'heure du départ avait sonné.
Retenant sa respiration, Asher se glissa hors de son vieux lit qui grinçait atrocement. Avec autant de délicatesse que le soleil levant pour caresser l'entrée du port de Portquiet, le jeune homme posa ses pieds nus sur le plancher.
Dans le lit d'à côté, Bede s'étira et grogna dans son sommeil. Pétrifié, Asher regarda son frère, qui grogna de nouveau puis recommença à ronfler comme un sonneur. Soulagé, le jeune homme s'autorisa un soupir étouffé. Les esprits du bien soient loués, Bede et lui ne partageaient plus leur chambre avec Niko. Doté d'un sommeil très léger, celui-ci se réveillait au premier pet de mouche. Avec lui, Asher n'aurait pas eu une chance de sortir discrètement de la maison. Mais après le mariage de Wishus avec sa furie de Pippa –et son installation dans une petite maison de pierre de la rue de l'Hameçon-, Niko avait cavalièrement investi la chambre désormais vide. A l'en croire, elle lui revenait de droit, puisqu'il était l'aîné des frères encore logés chez P'pa. Et si quelqu'un avait tenté de s'opposer à sa logique, il était prêt à la défendre avec ses poings.

Étant le fils cadet, Asher n'avait pas droit à une chambre pour lui tout seul. A dire vrai, dans sa position, il ne pouvait pas prétendre à grand-chose. Pourtant, à vingt-ans, il était un homme et il aurait même pu être marié, s'il l'avait voulu. Mais pour ça, il aurait fallu qu'existe à Portquiet –ou quelque part ailleurs sur la Côte- une femme capable de faire battre son cœur plus longtemps que l'espace d'un baiser et de quelques caresses échangées au sommet d'une des falaises qui dominaient l'océan.
Après avoir ramassé ses bottes, qu'il avait laissées la veille au pied de son lit, Asher sortit de la chambre sur la pointe des pieds et remonta lentement le couloir. Passant sans s'arrêter devant la porte de Niko, il hésita un moment devant celle de son père – ouverte, celle-là - et jeta un coup d'œil dans la pièce. P'pa n'était pas là. La lune pâle éclairait faiblement le grand lit vide. La couverture et l'unique oreiller n'avaient pas un pli. La chambre sentait le renfermé. Elle était abandonnée, même si quelqu'un l'occupait encore. En fermant les yeux, Asher sentait presque les vestiges du doux parfum de sa mère. "Presque", avec un gros effort d'imagination, car la pauvre femme était morte et enterrée depuis longtemps. Tout ce qu'il restait de son parfum, c'était un vieux flacon vide et ébréché que P'pa gardait sur le rebord de la fenêtre. Devenu fantôme dans sa propre demeure, Asher continua à avancer furtivement.

Il découvrit son père dans le salon, endormi sur son fauteuil préféré. Une cruche de bière reposait sur la table et une chope renversée gisait aux pieds chaussés de pantoufles du dormeur. Les narines agressées par l'odeur âcre de la bière et de la laine humide, Asher plissa le nez. Les rideaux du salon étaient toujours ouverts. A la chiche lumière de la lune, Asher étudia un moment son père, le cœur serré. Ce pauvre homme avait l'air si fatigué… D'ailleurs, il y avait de quoi. C'est qu'il avait près de soixante ans, le bougre ! Quand on le voyait sur l'océan, beuglant des ordres à l'équipage et tirant des filets par-dessus le bastingage du bateau familial qu'il avait décidé de diriger ce jour-là, on n'aurait jamais deviné qu'il avait sept fils adultes et onze petits-enfants. Idem lorsqu'on le regardait vider des montagnes de poissons puis négocier sur le marché. Dans les Contrées, pas un homme, qu'il fut Khelan ou pas, n'arrivait à la cheville de P'pa quand il s'agissait de dompter les vagues, de capturer au vol un poisson-scie avec un simple harpon ou de hisser à bord et de tuer à coups de gourdin une anguille des mers géante. Il avait même réussit à maintes reprises à prendre des bêtes aussi énormes que des Bosse-Becs ou des Grands-Souffles. Mais sous cette lumière grisâtre, avec ses cheveux argentés de plus en plus rares et son visage dévasté par le chagrin jusque dans son sommeil, le doute n'était plus possible : P'pa était un vieil homme. Miné par le labeur et l'inquiétude, il se dégradait un peu plus chaque jour. Ses bottes toujours à la main, Asher s'agenouilla à côté du fauteuil, étudia un moment les traits de son père alourdis par le sommeil et sentit une vague d'amour et de tendresse déferler en lui. Avec son nez cassé – souvenir d'une rixe d'ivrognes ayant M'man pour enjeu, à l'époque où ils se "fréquentaient" – et son menton barré d'une cicatrice – une chute sur un pont battu par une tempête, cinq ans plus tôt -, ce beau visage d'homme allait lui manquer.

-Il est temps qu'quelqu'un s'inquiète à ta place, P'pa, murmura Asher. Désormais, faudrait qu'tu t'la coules douce… Un jour, j'ai promis de m'occuper de toi, et c'est l'heure de m'y mettre;

Hélas, c'était plus facile à dire qu'à faire. Pour tenir parole, Asher ne pouvait pas se contenter de ses rêves, aussi nombreux fussent-ils. Non, il lui fallait de l'argent. Beaucoup d'argent, même. Plus qu'il n'en trouverait à Portquiet. Pas seulement à cause des caractéristiques du petit port de pêche, mais par la faute de ses frères. Dans une entreprise familiale, on partageait les bénéfices, et le cadet avait droit à la plus petite part. Enfin, de la cargaison de maquereaux, plutôt… Asher partait en quête de son propre gâteau, et il ne serait pas question de le partager avec quiconque. En tous cas, pas avant qu'il soit assez gros pour lui permettre d'acheter un bateau. Ensuite, P'pa et lui laisseraient Zeth et les autres se débrouiller – qu'ils coulent ou qu'ils restent à flot, ça les regardait…En tous cas, Asher et son père ne s'en inquiéteraient pas, c'était sûr. Ils auraient leur propre bateau, et ils gagneraient assez pour vivre aussi bien que la Mère Inquisitrice en personne, dame ! Voilà deux ans qu'Asher se serrait la ceinture pour mettre de côté le pécule dont il avait besoin. De quoi se payer le voyage jusqu'à Aydindril. A présent, il avait ce qu'il lui fallait.

-Je serais absent un an, P'pa, murmura-t-il. C'est pas si longtemps… Et je parie que je serais de retour encore plus tôt que ça, tu verras !

Le carillon mural sonna la demie de dix heures. L'Ancre Rouillée allait bientôt fermer et Jed devait y attendre Asher avec son sac à dos et sa bourse. Il fallait y aller ! Asher se pencha et posa un baiser sur la joue parcheminée de son père. Puis il sortit enfin de la petite maison de pierre où ses frères et lui avaient vu le jour et grandi. Quand il estima que faire du bruit n'était plus dangereux, le jeune homme enfila ses bottes et gagna L'Ancre Rouillée en longeant prudemment les murs pour ne pas se faire remarquer;


La taverne était bondée, comme d'habitude. Le nez pressé à un carreau, Asher repéra assez vite son ami Jed au milieu d'une foule de pêcheurs Kehlan occupés à vider chope sur chope. Tapotant sur la vitre, Asher fit de grands gestes pour signaler sa présence à Jed. Alors qu'il désespérait d'y parvenir, son ami s'écarta d'un buveur enthousiaste, tituba, se retourna et l'aperçut enfin.

-J'allais laisser tomber…, marmonna-t-il en rejoignant Asher dehors, une chope mousseuse à la main. T'avais parlé de dix heures, ou très peu après… Et on approche de la fermeture !
-On dirait que j't'ai pas beaucoup manqué…

Asher arracha sa chope à Jed et but une bonne gorgée de bière amère à souhait.

-T'as apporté mes affaires ?
-Bien sûr que oui ! répondit Jed, indigné. (Il récupéra prestement sa chope.) Je suis ton ami oui ou non ?
-Un véritable ami m'aurait laissé vider sa bière, fit Asher, taquin. J'entrerai pas dans une taverne avant un bon moment, et à bien te regarder, une chope de plus risque d'être une chope de trop.
-Une chope de trop ? Si ça loge dans l'estomac c'est qu'on peut la boire, voilà c'que j'dis ! Mais bon… (Résigné, Jed tendit la chope à Asher.) Sacré soiffard ! Alors tu me suis, oui ou non ? J'ai planqué tes affaires au coin de la rue. Si tu arrêtes de me faire perdre mon temps, je pourrais aller boire un dernier coup avant la fermeture de L'Ancre Rouillée.

Asher prit la chope et sourit. Sacré Jed ! La seule personne au monde à qui il aurait confié sa bourse pleine de perles et de nacre, sa gourde de peau de chèvre et son sac à dos bourré de vêtements de rechange et de vivres – pour l'essentiel du pain, du fromage et des pommes. Le seul être, surtout, auquel il aurait parlé de ses rêves. Jed et lui étaient amis depuis le berceau, pour ainsi dire.
Asher lui avait proposé d'être du voyage, mais c'était idiot. Jed, ce bienheureux, n'avait pas une horde de frères sur le dos. En toute logique, il hériterait dans quelques années du bateau de pêche de son père. Le foutu veinard !

-Faudra être prudent…, marmonna Jed tandis qu'Asher finissait la bière. Aydindril, c'est pas la porte à côté, et c'est un endroit rudement sec, si tu vois ce que je veux dire… De plus cet endroit grouille de ces personnes qui se croient toutes plus supérieures les unes que les autres… Regarde bien où tu mets les pieds, maître Asher. T'es pas le type le plus respectueux que j'ai eu l'honneur et le plaisir de connaître. Pour être franc, j'me demande si ces gens, là-bas, sont préparés à fréquenter un gars dans ton genre.

Asher éclata de rire puis lança la chope vide à son ami.

-J'parie que ces "gens de la haute", comme tu dis, sont assez grands pour s'occuper d'eux-mêmes. Exactement comme moi. Bon, oublie surtout pas d'aller voir P'pa, d'main matin, pour lui dire que je vais bien et que je serais de retour dans un an au maximum. Tu promets de l'faire ?
-Bien sûr… Mais tu devrais m'autoriser à lui dire où tu vas. Il posera la question, c'est sûr.
-Je sais, et ça me fait pas changer d'avis. Pour une fois, il faudra fermer ta grande gueule, mon vieux ! Si tu parles à P'pa, il répétera tout à Zeth et aux autres, et mon aventure s'arrêtera là. Mes frères me r'trouverons, ils m'ramèneront à la maison et j'gagnerais jamais assez pour que P'pa et moi on ait la paix. Pasque j'suis de leur sang, et le plus jeune du lot, ils pensent que j'leur appartiens. Mais dame non ! Alors fais-moi plaisir et comporte-toi comme si tu ignorais où je suis allé.
-Tu veux que je mente ?
-Pour le bien de P'pa, Jed… Et pour le mien.
-D'accord, si c'est ce que tu souhaites…

Asher accrocha la gourde à sa ceinture et mit le sac à dos sur ses épaules.

-Tu vas manquer l'festival…, soupira tristement Jed.
-Cette année… L'an prochain, on boira deux fois plus pour compenser. A mes frais ! Bon, tu d'vrais retourner dans la taverne avant que quelqu'un se demande où tu es passé et vienne fourrer son nez dans le coin…
-A vos ordres, messire, railla Jed. (Il flanqua un grand coup de coude dans les côtes de son ami.) Amuse-toi bien surtout ! Et reviens-nous entier.
-J'en ai l'intention… Et avec les poches pleines, par-dessus le marché. Et qui sait, en plus d'un beau magot, je ramènerai peut-être une jolie Aydindrilienne dans mes bagages.
-Ouais, c'est bien possible, ricana Jed. A condition qu'elle soit à demi aveugle et complètement idiote. Asher, par les esprits du bien, ça ferme dans dix minutes ! Si tu ne te dépêches pas, tout le monde te verra partir !

Tout mais pas ça. Après un dernier sourire, il salua son ami, se détourna et s'éloigna de la taverne, partant bravement à l'aventure, loin du seul univers qu'il eût jamais connu. S'il marchait toute la nuit d'un bon pas, il atteindrait le hameau de Leem assez tôt pour se faire transporter à l'œil dans un chariot de pommes de terre en route vers Berce. De là, il irait à Ecovie, puis gagnerait Sapslo, où il se paierait une place dans une diligence en partance pour Aydrindril. Ses frères n'avaient pas une chance de reconstituer son itinéraire, il en aurait mis sa tête à couper. Alors qu'il gravissait la colline pour rejoindre la route de la Côte, Asher jeta un coup d'œil sur sa gauche, où le petit port de Portquiet brillait comme une aigue-marine sous les rayons de la pleine lune. Des senteurs salines flottaient dans l'air paisible de cette douce nuit. Charriés par la brise, des embruns venaient rafraîchir les joues du jeune homme et il entendait le bruit lointain des vagues qui venaient s'écraser contre les falaises où se blottissait le petit port.
Le cœur d'Asher battit soudain la chamade. Toute une année à Aydindril, sans l'océan ! Pas de mouettes, pas de ressac assourdissant, pas de pont oscillant sous ses pieds, pas de vagues gonflées au-dessus de sa tête. Un an sans faire la course contre ses frères et la marée en rentrant au port. Un an sans plonger de la pointe de la Tête du Dauphin dans les eaux bleues tumultueuses. Un an sans se régaler de poissons frais grillés à la graisse et assaisonnés au vinaigre en compagnie de Jed et des autres gars. Supporterait-il cette épreuve ? La question ne se posait même pas. Il le fallait, s'il voulait se montrer fidèle à ses rêves et tenir une promesse capitale. Pour ça, il devait laisser derrière lui son cœur et son âme. Oui, il lui fallait s'éloigner de son foyer.

Le menton levé, en sifflotant comme si de rien n'était, Asher se mit bravement en route vers son avenir.



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