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 Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)

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Nimüe Deldúwath
VEUVE NOIRE • sous mon masque de fer, des larmes qui lacèrent.
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♦ PSEUDONYME : Doomie d'amour.
♦ HUMEUR : Irritante.
♦ CITATION : Le poison dont meurt une nature plus faible est un fortifiant pour le fort. - F.NIETZSCHE.
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MessageSujet: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Ven 2 Oct - 18:46



© NEVERSLEEPS ; KNIGHTBUSDRIVER

« Demain c'est sûr sera sans elle
La mort lui susurre d'être en dentelles
De bonne augure pour l'éternel
La mort lui murmure sa ritournelle. »


Un frisson parcourut le long de son échine tandis qu’elle se dérobait dans la pâle lueur grise de l’aube. Elle serait bien restée quelques heures de plus dans l’atmosphère douillet et chaud de ses draps mais elle avait fort à faire et cela requérait qu’elle se lève avant tout le monde. Evidemment, elle serait d’une humeur exécrable dès lors qu’elle viendrait à rencontrer qui que ce soit et la plénitude qu’elle ressentait à cet instant précis s’envolera dès lors qu’on lui adressera la parole ou ne serait-ce qu’un geste. La comtesse de Ciàlmy n’était pas réellement ce qu’on appelle une personne du matin. Non, elle était indubitablement une créature des ténèbres et l’essentiel de sa vie se déroulait la nuit. Sans doute était-ce là une conséquence inéluctable de son enfance passée dans des cachots alors qu’elle n’avait commis aucun crime. De cette anecdote des plus importantes en avaient découlé la vision qu’elle avait acquis qui lui permettait de voir aussi bien que les chats, gardiens des ténèbres, la facilité déconcertante qu’elle avait de deviner le talon faible des personnes qui venaient se mettre sur son chemin, son caractère froid et qui à aucun moment ne pouvait supporter de plier à la volonté d’autrui, mais surtout sa conscience souple de la mort. Elle n’avait cessé de la séduire et de la défier. Elle avait joué tant de fois avec la Grande Faucheuse qu’elle avait fini par ne devenir qu’une avec elle. Elle ne la craignait pas, elle la semait. Et le crime n’en était pas un. Tant qu’à faire autant que ces longues huit années passées en prison n’aient pas été vaines et autant les justifier un tant soit peu. Même a posteriori.

Elle jeta un regard furtif sur l’auberge qui l’avait hébergé cette nuit. Elle ressemblait à celle au sein de laquelle sa mère et elle avaient trouvé refuge les premiers mois de leur liberté retrouvé. La vérité était qu’en réalité, toutes les auberges se ressemblaient. Elle récupéra sa jument d’un noir onyx et la tint par la bride tandis qu’elles avançaient dans les chemins de traverses encore ensommeillés de la nuit qui s’achevait doucement. Les sabots de sa monture faisaient un bruit effroyable dans le silence de l’aube. Mais cela ne gênait pas outre mesure la comtesse qui promenait son regard expert sur les hautes herbes jeunes encore inondées de rosée. Elle appréciait de se retrouver dans ce silence relatif d’une nature qui à cette heure matinale ne pensait pas encore à l’homme et les désagréments que ce dernier pouvait créer.

Elle avait quitté le Palais du Peuple quelques jours auparavant. La raison officielle était bien évidemment attachée au comté de Ciàlmy dont elle devait régler les problèmes administratifs que l’envoyé de Darken et gouverneur de la région ne pouvait exécuter. Mais la vérité était tout autre et il s’agissait d’un secret de polichinelle pour nombre de courtisans à la cour qui étaient parfaitement placés pour le savoir. Elle en profitait à chaque fois pour récolter les nombreuses plantes mortelles de Ciàlmy et qu’elle n’était pas capable de trouver ailleurs. Plantes fort utiles pour son commerce et dont elle tombait souvent en rupture de stock. Elle s’était bâti une solide réputation mais elle agissait toujours avec une extrême prudence. Ainsi cette dernière lui dictait notamment de ne jamais utiliser le même poison à l’affilé. Autant varier les plaisirs et brouiller les pistes. Il serait fort regrettable qu’on puisse remonter jusqu’à elle et qu’elle côtoie à nouveau les sous terrains du palais avant de se confronter à la Faucheuse qui cette fois-ci agirait contre elle et non plus en son nom. Arrivée en haut d’une colline, elle posa son regard sur les hautes branches de l’arbre qui se trouvait à son sommet et ne put s’empêcher de sourire comme on salue une connaissance lorsque les ombres que jouèrent les feuilles semblèrent dessiner la silhouette d’un diable noire à la langue rouge sang qui l’observait, le regard mutin.

Baissant le regard, elle poursuivit son chemin pour laisser tomber la bride de sa jument près de l’arbre tandis qu’elle se baissait pour récupérer les fleurs de Dalmasca rouges qui se trouvaient au pied. Les coupant avec une infinie précaution afin de ne pas heurter leurs pétales sang éminemment toxiques, Nimüe ne prêta pas attention aux bruits de pas qui s’approchaient d’elle. Sa jument quant à elle était occupée à se nourrir des herbes hautes alentours. Elle ne se sauverait pas et elle n’hénisserait pas. Finalement, Nimüe termina sa moisson, laissant volontairement plus de la moitié des fleurs. Elle n'en avait pas besoin de davantage. Et qui sait ? Existait-il peut être des poètes dans les environs qui connaissaient par coeur l'environnement fruit de leur inspiration. Se relevant, elle se retourna pour se retrouver à quelques mètres d'une inconnue.
Sa jument releva finalement la tête et sembla observer d’un air interloqué la scène avant de vaquer à ses occupations d’équidé sans leur accorder plus d’attention. Finalement, Nimüe planta son regard dans celui de l’inconnu et se figea légèrement de surprise en découvrant le visage fin, pâle et on ne peut plus féminin de son assaillant. Elle l’observa de bas en haut, analysant la situation, la rangeant directement dans le clan ennemi. Elle ne portait pas l’uniforme des armes de Darken Rahl. De toute manière, aucune femme n’en faisait partie. Elle ne mit pas longtemps à deviner l’identité de la femme en face d’elle et la salua d’un signe de tête avec déférence :

« Est-ce la saison des fantômes ? »

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Lilian Ruadháin
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 3 Oct - 19:29

    L'horizon s'éclaircissait à peine lorsque le gazouillement des oiseaux réveilla Lilian. Silhouette informe recroquevillée sous un tas de couvertures de laine et de fourrures, elle remua faiblement, et se recroquevilla un peu plus en position fœtale, cherchant vainement à retrouver l'état ensommeillé salvateur. Son dos l'avait fait souffrir longuement avant qu'elle ne puisse s'endormir et, là encore, un éclair de douleur la réveilla totalement. Elle se tendit instinctivement et soupira avec lassitude lorsque la douleur s'estompa. Elle s'habituait à vivre dans un état constant de douleur ou d'inconfort, mais elle ne l'accepterait jamais. L'accepter serait reconnaître sa défaite, et Lilian de Ruad n'était pas une femme de peu de volonté. Repoussant les fourrures qui la recouvraient, elle siffla de mécontentement lorsque la fraîcheur du matin enserra sa peau de ses doigts indélicats. Elle se redressa vivement, et entoura ses épaules des peaux épaisses. Le mouvement effraya un renard, et elle suivit des yeux la flèche rousse filant entre les herbes hautes. C'est qu'elle devait probablement avoir une tête affreuse, réalisa-t-elle avec amusement. Pas qu'elle se soit jamais grandement préoccupée de son apparence, mais elle savait sa chevelure fort indisciplinée au réveil.

    Levée, elle récupéra ses maigres affaires rassemblées dans un sac de jute. Elle balaya du regard la clairière dans laquelle elle avait campé pour la nuit, et sourit en apercevant sa monture. La jument qu'elle avait récupéré chez un couple de fermiers contre quelques services était docile et placide. Rien à voir avec les chevaux taillés pour les batailles qu'elle avait eu l'habitude de monter pendant un temps, mais cela ne la dérangeait en rien. Sa compagnie lui était agréable et elle n'avait nullement à craindre que l'animal ait filé pendant la nuit. Flattant son encolure, elle caressa sa robe alezan avec douceur et Prudence - ainsi l'avait appelé les fermiers - vint chercher du museau quelques tendresses. Amusée, Lilian l'obligea docilement avant que la luminosité grandissante ne la rappelle à son rituel du matin. Délaissant donc quelques instants sa monture, elle se dirigea vers le ruisseau qu'elle avait repéré la veille. Malgré la fraîcheur du liquide, elle prit quelques minutes pour se débarbouiller. Elle s'installa ensuite sur une pierre plate et sortit de son sac une brosse et un ruban. Elle se brossa lentement les cheveux tout en observant le paysage, appréciant le jeu des ombres et des couleurs que la luminosité matinale offrait. Lorsque sa tignasse rousse fut dressée en une tresse acceptable, Lilian se décida à rejoindre Prudence.

    Dépoussiérant et tirant distraitement sur le pourpoint de cuir tanné qu'elle venait de passer par-dessus sa chemise blanche. elle faisait peu attention à son environnement. Les lieux étaient peu peuplés, la raison même pour laquelle Lilian s'y attardait. Elle ne s'attendait donc pas à rencontrer qui que ce soit, encore moins à cette heure. Et pourtant la silhouette féminine qu'elle aperçut en relevant les yeux n'était point dû à une hallucination : elle n'en était pas encore arrivée là dans l'évolution de son état de santé, dieu merci. Sa main se porta automatiquement au pommeau de son épée, qu'elle portait constamment à la taille durant ses voyages. Mais un coup d'oeil aux alentours lui assura que cette femme à la mise élégante était bien seule en ces lieux... Un fait d'autant plus intriguant. Bien qu'elle resta méfiante, sa main avait quitté sa position menaçante lorsque l'inconnue se retourna. Belle et élégante, elle aurait tout à fait sa place à la Cour plutôt qu'au milieu de nulle part à cueillir... des fleurs ? Surprise par la politesse et la salutation qui lui furent offertes, Lilian répondit automatiquement d'une inclinaison de la tête. La réflexion sur des fantômes la confondit encore un peu plus. Il était évident que cette femme faisait référence à Lilian : la connaissait-elle ? Lilian était-elle sensée la connaître également ? Non, elle en était sûr, elle se serait souvenue d'une telle femme, dont la prestance et le charisme était loin d'être passe-partout.

    « L'heure et le lieu sont propices aux rencontres les plus insolites. » répondit-elle de façon tout aussi nébuleuse, ne souhaitant pas se mouiller. Lilian avait bien assez l'habitude des jeux de pouvoirs, sous toutes leurs formes, pour comprendre qu'elle était ici largement en position d'infériorité. Epée et magie seraient bien entendu tout à fait suffisants pour assurer sa protection physique, comme toujours, mais il n'était pas question de combat physique ici. La reine qu'elle aurait dû être savait reconnaître une femme de volonté et d'intelligence... une intrigante. Des personnes que Lilian n'avait jamais grandement apprécié, sachant par expérience, qu'on perdait bien des plumes en leur compagnie. « ... mais les fantômes n'ont de saison que celle des pleurs. »
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Nimüe Deldúwath
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Dim 4 Oct - 16:27

Le regard de Nimüe ne se détacha pas un seul instant de la silhouette fine et majestueuse qui se présentait face à elle. Le sourire jusqu’ici poliment discret de la jeune femme s’accentua davantage lorsque l’ancienne reine lui rendit son salut. « ... mais les fantômes n'ont de saison que celle des pleurs. » Et vraisemblablement, elle se trouvait face à un fantôme, celui de la majestueuse Reine Lilian. On la disait morte. On disait d’elle qu’elle était si courageuse et si dévouée à sa cause que lorsqu’une voyante de son entourage lui avait signifié sa mort prochaine, elle était allée au devant de cette dernière, refusant de plier devant la peur des prédictions. Et l’on disait que lorsqu’une voyante affirmait un avenir, il y avait fort peu de chance de ne pas se confronter à ce dernier. Toutefois, la vision qui s’offrait à elle en cet instant précis renforçait la bien piètre opinion que possédait Nimüe sur la magie. Ainsi la voyante s’était trompée. Ainsi la reine avait survécu. Darken Rahl apprécierait sans doute l’information. Un jour. « Seulement s’il en reste pour les pleurer, Reine. » Elle la gratifia d’une légère révérence qu’elle ne marqua pas davantage. Jusqu’à présent, elle n’avait jamais eu l’occasion de lui adresser la parole. Elle ne l’avait même jamais rencontré à proprement parlé. Son mari, en tant que voisin, lui avait rendu visite à sa cour mais Nimüe avait toujours refusé de sortir de ses terres. Cela lui offrait qui plus est une occasion pour ne pas avoir à partager sa couche pendant quelques semaines et cela présentait un avantage considérable. Elle ne l’avait croisé qu’une seule fois. Elle n’était encore qu’une toute jeune fille. Une simple paire d’année après que sa mère et elle eurent enfin été libérées. La Reine avait traversé le village en lourd équipage et comme toutes les petites filles de son âge, Nimüe avait suivi la cohorte de ses jambes maigrichonnes et sales, avait levé son regard rempli d’étoiles sur les armures brillantes des guerriers, et avait soupiré en se retrouvant fasciné par l’image de la Reine. Sisina à la chevelure de feu. Elle avait aspiré ce jour-là à devenir comme elle un jour. Mais se trouvant face à face avec cette dernière des années après, elle se réjouissait de finalement ne pas avoir suivi le même chemin.

« Chacun s’accorde à dire que vous êtes morte. » Nimüe posa un regard alentours, observant les terres gorgées d’eau et d’herbes grasses s’étendre sous ses yeux. Pas une âme alentours tandis que le soleil semblait s’approcher doucement au regard de la teinte sans cesse plus claire dont se parait le ciel de Ciàlmy. Elle surveilla les agissements de sa jument. Elle savait qu’elle ne se sauverait pas mais elle savait pertinemment qu’elle n’avait pas le même sang froid que sa maîtresse lorsqu’elle se retrouvait face à un serpent comme celui qui venait de ramper entre les deux êtres humains. Finalement, elle reposa son regard sombre sur celui de la flamboyante reine qui conservait cette aura de détermination, de force et de majesté malgré les circonstances. « La mort n’est réellement plus ce qu’elle était à ce que je constate. » Tenant toujours les délicates fleurs de Damalsca, elle en caressait pensivement les pétales, semblant réfléchir à la situation. « Darken Rahl sera certainement ravi de l’apprendre. » Elle se figea dans ses actes avant de reprendre, comme contrariée : « Ou peut être que non. »

Lilian n’était peut être plus reine. Elle ne possédait peut être plus d’emprise sur son peuple. Elle ne pouvait plus prétendre à la régie de ses terres. Néanmoins, eu égard à son statut passé, Nimüe estimait qu’elle devait lui rendre hommage et respecter son rang. C’était une question de distinction. Le passé n’était jamais totalement refermé. Il ne s’oubliait pas simplement parce qu’il disparaissait dans les limbes de la mémoire. Qui plus est, elle n’ignorait pas que l’ancienne reine était une magicienne redoutable en plus de ses compétences guerrières inébranlables. Si elle se mettait dans la balance, la comtesse ne savait que trop bien qu’elle ne ferait pas le poids. Ne possédant aucune accointance pour le combat, dénuée de toute magie, elle n’avait que pour elle ces fleurs dont elle n’avait pas l’intention de gâcher et cette longue bague qui remontait le long de son annulaire droit pour se terminer par une pointe empoisonnée. Le combat n’avait de toute manière aucune volonté de se mettre en place. Elle n’avait nulle intention de se salir les mains, là où des soldats étaient payés pour.


Elle poussa un profond soupir et jeta un furtif coup d’œil sur l’aube qui désormais se levait pour de bon. Combien de temps faudrait-il pour que les enfants ou les femmes ne viennent par ici pour faire paître les troupeaux ? Elle n’avait nulle envie de se retrouver face à ses gens pour qu’ils l’assaillent de demandes saugrenues. « Deux solutions pour cette situation pour le moins inconfortable. Soit, vous décidez que finalement Darken Rahl est l’avenir et je vous ferai entrer à sa cour avec tous les honneurs qui vous sont dues. Vous pourrez sans doute récupérer votre territoire au nom de sa propre régence cependant. Soit, nous faisons comme si rien ne s’était passé et vaquons à nos occupations chacune de notre propre côté. Evidemment, je rapporterai cette rencontre pour le moins saugrenue à sa Toute Puissance. » Elle la gratifia d’un large sourire complice avant d’ajouter : « Je dois vous avouer que ma préférence va à la première solution puisqu’elle me permettra de monter en grade un peu plus rapidement que ce qui était prévu. Mais je doute que ce soit également votre cas. »

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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 10 Oct - 21:53

    Depuis les quelques années que Lilian passait sur les routes et campagnes de D'Hara, elle avait fait quelques rencontres insolites, parmi lesquelles elle pouvait probablement mettre ce cher dragon en première proposition, suivi de Môssieur le Grand Magicien Spurius, mais ceci... ceci aurait probablement de quoi rivaliser avec ce dernier. Au moins, elle savait à peu près à quoi s'attendre avec l'ermite. Ce qui était loin d'être le cas ici. De manière évidente, cette femme la connaissait, elle et son histoire, ce qui lui donnait un avantage remarquable face à Lilian qui nageait en plein brouillard en cet instant. Qu'est-ce que pouvait lui vouloir cette inconnue et surtout, qui était-elle donc ? Et Dieu, que cela faisait longtemps qu'on l'avait appelé Reine ! Ses soldats, quelques fois, pendant la période la résistance, mais de Reine elle en avait peut-être l'héritage, mais aucun titre officiel. C'était troublant. Toute cette rencontre était profondément troublante, sur différents niveaux que Lilian n'était pas sûre de vouloir analyser.

    « A qui... ai-je l'honneur ? » demanda-t-elle finalement après un instant de perplexité, les yeux légèrement plissés par la méfiance et la méditation.

    Évidemment, à une partisane de Darken Rhal. A quoi pourrait-elle s'attendre d'autre sur ses terres, face à une dame de milieu clairement aisé ? Lilian inclina la tête et haussa les sourcils à ces paroles. Que le tyran soit ou non ravie d'apprendre qu'elle était toujours vivante et trainait sur ses terres lui importait peu. L'ennui était bien évidemment que si cette information provenait à ses oreilles, sa liberté de mouvement en serait grandement réduite, de même que son anonymat et ceci... ceci était profondément gênant. C'est qu'elle s'était habituée à pouvoir circuler de ci de là, à ne pas être reconnue par les paysans locaux et à être traitée comme toute autre personne (ou presque, une femme portant une épée ne se voyait pas non plus tous les jours en D'Hara après tout). Alors, que faire de cette femme, témoin fort gênante de son existence ? Lilian appréciait la politesse qui lui était offerte. Tout autre partisan du tyran qui l'aurait reconnu l'aurait probablement classé en tant qu'ennemie et ne se serait donc pas embarassée de civilités (pour la plupart, rares étaient les hommes de coeur noble). Mais enrober une pomme empoisonnée de tout le sucre que vous désirerez, les douceurs n'enlèvent pas l'amertume de la mort.

    « Je crains que vous n'ayez oublié la troisième solution. » remarqua-t-elle finalement, une fois que la jeune femme lui eut exposé ses plans pour obtenir les faveurs de Darken Rhal. Habituée à la solitude, Lilian était peu causante et préférait écouter avec attention ses interlocuteurs, cherchant à les percer à jour et à les laisser mariner dans leur jus lorsqu'ils n'obtenaient pas de réponse. Une chose était évidente : il s'agissait bien d'une intrigante, comme elle l'avait soupçonnée, mais la franchise de celle-ci avait un quelque chose de rafraichissant pour une reine habituée à la brutalité du combat et de la vie paysanne. « Je doute que le plaisir de votre Roi à me découvrir à sa Cour soit plus fort que le mien à la rejoindre. Mais que vous lui rapportiez mon existence ne m'apporterait également que des inconvénients. Votre réussite à la Cour vous est-elle donc plus importante que votre vie ? »

    Elle ne fit aucun geste menaçant à son encontre, sa voix elle-même restait sur le ton de la discussion, et pour un observateur extérieur Lilian n'aurait pas semblé avoir menacé de mort son interlocutrice. Mais les subtilités du langage n'échappaient pas aux gens familiers des manipulations de la Cour. Il était évident qu'aucune des deux solutions que lui offraient cette femme ne convenait à Lilian. Sa méfiance à son égard grandissait, et elle se résolut à utiliser une arme à laquelle elle ne requérait qu'en dernier recours : ouvrant son esprit, elle étira sa conscience et sonda délicatement et gentiment les pensées de son vis-à-vis. On ne pouvait manipuler cette femme aussi facilement qu'un simple d'esprit, et pour la contrer, il lui faudrait une longueur d'avance.
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 17 Oct - 20:11

A l’intérieur, Nimüe jubilait. Voilà que la situation était retournée. Voilà que maintenant ce n’était pas à elle de lever les yeux vers elle. Voilà que désormais c’était elle qui avait une bien meilleure situation sociale. Sur le papier, elle était véritablement en situation de dominance par rapport à la reine déchue. Sur le terrain par contre, cela pourrait s’avérer un peu plus compliqué. Son regard se posé très furtivement sur l’épée que Lilian portait sur le côté et qui selon toute vraisemblance, ne la quittait jamais. C’était sans le moindre conteste un préalable nécessaire à sa survie par les temps qui courraient. Quant bien même, on ne la cherchait pas, la tenant pour morte et que la plupart des habitants des environs, qu’ils soient civils ou soldats, ignoraient totalement le visage de l’ancienne reine, il valait toujours mieux prévenir. Se rendait-elle toutefois compte que le simple fait de se trouver en possession d’une telle arme la rendait suspecte ? Les femmes, qu’elles soient de D’Hara ou des Contrées, ne se battaient pas physiquement. Elles utilisaient la magie ou la séduction, armes bien plus redoutables car pernicieuses. On regardait toujours mal celles qui agissaient comme les hommes. Et l’on s’en méfiait encore davantage. « Nimüe Delduwàth, Comtesse de Ciàlmy. » répondit-elle, un sourire vénéneux sur ses lèvres pâles. « Nous étions voisines auparavant. … Il y a longtemps. Mais je n’ai jamais eu l’occasion de faire votre rencontrer. Mon mari … » Elle fit mine de réfléchir, tentant de trouver les mots adéquats. « … était plus à même de remplir ce genre de fonction seul. » Traduction : ce n’était pas avec elle qui plierait le genou devant qui que ce soit. Etrange d’un point de vue extérieure dès lors qu’il l’observait agir à la Cour.

Sourire poli. Mascarade de politesse. La jeune femme savait pertinemment que l’ancienne reine déclinerait ses propositions. Elle la devinait aussi fière et droite qu’elle était fourbe et machiavélique. Jusqu’à présent, il ne s’agissait que d’un duel de mots et d’attentions. Aucune ne baissait sa garde à sa manière. Elle remarquait la tension dans le poignet de Lilian qui laissait présager qu’elle aurait été capable de dégainer son arme de transpercer le corps de la comtesse avant qu’elle ait le temps de battre des cils. Mais sous des allures apaisées et badines, les sens de Nimüe était en alerte. Oui, la reine déchue aurait pu se débarrasser d’une conversion qui confinait progressivement à la gêne mais elle savait parfaitement qu’elle n’allait pas y mettre un terme de cette manière. Un moyen plus subtil était également à sa disposition. Polie, Nimüe baissa légèrement le menton en pénétrant de son regard sombre celui clair de son interlocutrice. Attentive aux variations subtils d’un langage connu des seuls grands de ce monde, elle ne perdit pas même un centième de seconde son sourire poli et mesuré. Si ses souvenirs étaient bons, la magie de l’air ?

« Madame, répondit-elle sur un ton délibérément et diablement amusé. Sachez que ma réussite, à la Cour ou ailleurs, vaut davantage que n’importe quelle vie. » Immédiatement et après ses propos, des images lui revinrent en mémoire. Son mari, allongé, fiévreux dans leur lit conjugal, et elle veillant avec amour sur ce dernier. Lui rafraîchissant le front. Lui préparant des tisanes pour apaiser ses douleurs. Définitivement. La jolie et douce duchesse de Nufeet venant lui exposer les soucis d’entente qu’elle a avec sa belle-mère. Son entrée à la cour introduite par cette dernière. Le sombre Silas, ombre mouvante et ami d’enfance du seigneur Darken Rahl, et qui accepte un rendez-vous secret dans les alcôves d’une chambre qui deviendra par la suite mortuaire. Son sourire s’étira encore à ces pensées joyeuses pour elle-même. Elle avait fait tellement de chemin depuis son enfance qu’elle n’avait pas la moindre attention de s’arrêter en si bon chemin. S’humectant les lèvres, elle poursuivit : « Il semblerait que nous nous trouvions dans une impasse. Pour vous dire la vérité, j’aimerai abréger au plus court cette conversation, tout aussi agréable qu’elle soit. Est-il besoin de se regarder en chien de faïence jusqu’à tant que mes serfs se manifestent en vaquant à leur occupation pour le moins triviale dans les environs ? Il me plaît à croire que vous êtes une personne distinguée et intelligente. Votre esprit perspicace devrait avoir compris désormais que votre véritable salut viendra de Darken. » Elle s’interrompit quelque instant, soupirant avant d’ajouter avec un dédain non dissimulé. « Bien qu’il ne reste qu’un homme. » Agitant la main, elle poursuivit joyeusement : « Je vois d’ici le charmant tableau que cela pourrait être. Vous devant le seigneur Rahl sur la place de Peuple. Prêtant serment et allégeance devant lui avec l’ensemble de votre peuple ne se sentant plus de bonheur. Vous êtes sûre de ne pas vouloir de ce scénario ? Vous n’allez pas le regretter ? C’est tellement dommage. »

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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Dim 25 Oct - 20:05

    Enregistrant l'identité de son interlocutrice, Lilian inclina la tête pour signifier qu'elle en avait bien pris note. Le Comté de Ciàlmy ne lui était en effet pas étranger puisque jouxtant ses terres. Son précédent seigneur avait été un visiteur régulier jusqu'à ce que les relations entre D'Hara et le royaume de Ruad n'atteignent le point de non retour. Mais, aussi déchue que l'était Lilian, elle avait des oreilles pour écouter et un cerveau pour traduire. Elle n'était pas sans connaître la fin brutale qu'avait connu le Seigneur de Ciàlmy dans la fleur de l'âge. A rencontrer ainsi son épouse, Lilian n'avait nul doute que certaines rumeurs de serviteurs y trouvaient là leur fondement. Plus elle en savait sur cette Nimüe Delduwàth, et moins elle tenait à s'attarder en sa compagnie.

    Le problème restait toujours le même cependant : pouvait-elle laisser cette intrigante répandre la nouvelle de son existence ? Cette idée lui était fort désagréable. Malheureusement, Lilian n'avait jamais non plus été partisane des peines de mort et tuer de sang-froid tout comme exiger la mort d'autrui lui était profondément désagréable. Tuer sur le champ de bataille était une chose, tuer une personne présente au mauvais endroit au mauvais moment en était une autre. Malgré tous ces états d'âme, il restait que Lilian était héritière d'un trône, reine déchue et combattante assidue... par la même, elle avait très tôt été accoutumée aux décisions réalisées de mauvais grès, aux actes entraînant quelques regrets si ce n'est des remords. Et cette demoiselle habituée aux jeux d'intrigues ne semblait pas réaliser qu'en dehors de la protection de son château, ses basses manipulations ne valaient rien contre le fer d'une épée.

    La lecture de ses pensées ne lui révéla rien qu'elle ne savait déjà, si ce n'est confirma simplement ses soupçons. Elle dut d'ailleurs prendre sur elle pour ne pas laisser paraître le mépris que de telles intrigues réveillait chez elle. Elle le regretterait peut-être, mais nul remord ne viendrait la réveiller au coeur de la nuit pour avoir renvoyé cette veuve noire au royaume des morts où ses victimes l'attendraient. Sa décision était prise : puisque cette comtesse tout aussi bornée qu'ambitieuse ne connaissait nul autre langage que le sien, elle ne pouvait la laisser s'en retourner ainsi. Elle ne tenait pas à avoir les Mord-Sith à ses trousses, elle n'aurait alors plus aucun repos et son état de faiblesse ferait d'elle une proie bien trop facile.

    « Vous devenez offensante Comtesse. » siffla-t-elle vivement à l'idée qu'elle, Reine du Ruad, prête allégeance au Tyran !

    La colère monta en elle, portant avec elle le courage d'en finir avec cette insultante mijorée. Mais sa main n'eut jamais la force de tirer son épée de son fourreau, car avec l'adrénaline, la colère avait réveillé la douleur. Une langue de feu traversa son dos depuis la morsure seignant ses reins, et Lilian laissa échapper un sifflement de douleur. Son visage d'albâtre perdit toute couleur, et elle aurait pu même rivaliser avec un cadavre, si la rigidité de celui-ci n'était pas incompatible avec les convulsions qui ne manquèrent pas de la saisir. Elles étaient plus faibles que celles que Lilian avait eu à subir depuis quelques mois, et ce grâce aux remèdes de Spurius, mais elles restaient handicapantes. Elle tituba de quelques pas en arrière, s'éloignant de la menace que deviendrait Nimüe dans son état affaibli. Ses jambes se dérobèrent alors et elle chuta genoux à terre. Contrairement à ses crises précédentes, elle put garder assez de contrôle sur ses muscles pour ne pas s'écrouler comme une poupée de chiffon, faisant un effort conscient (qui lui coûterait par la suite : crisper des muscles atteints de spasmes avait de quoi provoquer des crampes atroces) pour ne pas s'effondrer devant l'ennemie. Consciente que cet état de faiblesse lui couterait la liberté si ce n'est la vie, Lilian fit appel à la magie de vent, la réveillant en elle et la relâchant avec violence. Incapable d'exercer un contrôle sur sa magie dans son état, elle aurait pu déclencher une véritable tornade si elle n'avait pas été aussi affaiblie. En l'occurrence, les vents se contentèrent de se déchaîner en tous sens, envoyant valser Nimüe en arrière, et finissant de mettre Lilian à terre. Ils ne se calmèrent que lorsqu'elle eut fini de convulser.
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Nimüe Deldúwath
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Jeu 29 Oct - 20:09

Sa mère n’avait jamais manqué de le lui faire remarquer alors qu’elle passait son enfance en voyant le jour s’incruster de façon définitive sur sa peau. Nimüe avait toujours eu cette assurance d’elle-même qui frisait bien souvent l’inconscience du danger. Evidemment, elle avait parfaitement conscience qu’elle jouait un jeu dangereux et elle, plus que toute autre personne, savait pertinemment qu’il suffisait parfois d’un seul regard, d’un seul souffle de vent pour passer de vie à trépas. Que l’existence de tout un chacun n’était en fin de compte retenu que par bien peu de chose. Mais elle avait une telle confiance en elle, en ses habiletés pour le moins exceptionnelles qui ne la faisaient jamais se reculer, même si le repli stratégique était la seule voie possible. Il y a fort à parier que cet aspect de sa forte personnalité découlait directement de son enfance. Bien peu de personnes en ce bas monde ne pouvait se gorger d’avoir une éducation telle que la sienne. Et nul ne pouvait rivaliser avec ce qu’elle avait dû traverser tout au long de son innocence perdue. Elle avait côtoyée la mort avant même d’apprendre à parler. Elle avait rencontré cette dernière à de multiples reprises bien avant de pouvoir marcher. La Faucheuse ne lui faisait pas peur. Les morts, pas davantage. Il s’agissait plus d’une alliée et d’une compagne de route qu’une ennemie ou qu’une sanguinaire chasseuse dont elle aurait été la proie. Elle avait suffisamment confiance en elle-même et en sa relation complexe avec la Grande Dame Noire pour savoir que cette dernière n’obtiendrait satisfaction qu’au moment opportun où Nimüe l’aurait décidé. « Vous devenez offensante Comtesse ! » Ladite aristocrate ne put s’empêcher de sourire délicatement à la colère – somme toute légitime – de l’ancienne reine. Peut être l’était-elle en plus de son inconscience. Ou peut être que celle qui l’était était justement son interlocutrice. Elle lui lança un regard glacial, tout en ne se départissant pas de son sourire de circonstance : « Et je vous retourne cette assertion, Reine. Je vous rappelle que vous êtes sur mes terres et malgré votre rang passé, je ne tolèrerai pas un tel manque d’irrespect à mon égard. » Inconscience, oui.

Elle perçut dans le regard Lilian qu’elle avait peut être un peu trop loin. Après tout, elle avait une arme en plus de sa magie et les belles paroles et les fleurs mortelles qu’elle tenait dans sa main ne pourrait venir la contrer si elle avait décidé de la faire passer de l’autre côté. Elle eut l’espace de quelques secondes une interjection mentale à l’égard de la Faucheuse, lui faisant part de son absence de volonté du moment. C’était même davantage une injonction qu’une supplication comme tout individu normalement constitué et éduqué aurait fait. Mais il est toujours bon de le rappeler : Nimüe ne s’approche en aucune manière des personnes ordinaires. Visiblement, cependant, sa vieille amie faucheuse s’accorda à admettre qu’elle n’aurait pas respecté les termes du contrat et sembla déverser son penchant mortelle vers l’assaillante de la comtesse. Cette dernière remarqua que quelque chose clochait et ce, quant bien même, l’ancienne reine l’envoya s’écraser contre l’arbre près duquel elle avait ramassé ses précieuses fleurs. Typique, pensa-t-elle avec mépris. Les magiciens n’étaient décidément pas des personnes civilisés, uniquement des sauvages qui ne savaient se replier que derrière leur magie, prenant la fuite comme des chiots affamés. Pathétique même.

Nimüe grommela en grimaçant sous le poids de la douleur qui avait vrillé son échine dorsale lorsqu’elle avait percuté de plein fouet l’arbre. Et elle ne reporta son attention sur son adversaire qu’une fois qu’elle ut certaine que tout allait bien pour elle-même. Rien de cassé mais ses précieuses fleurs avaient sérieusement souffert de ce coup de vent. Satané magie de l’air. Elle laissa tomber les vestiges des plantes et se redressa, retrouvant un équilibre sommaire tandis qu’elle tenta de refaire quelque chose de sa coiffure et de sa lourde robe. Elle jeta un coup d’œil à sa jument qui l’observait intriguée avant de se reconcentrer sur les brins d’herbes environnant et déporta son regard sur une vision qui la surpris. Elle se serait attendu à ne contempler que du vide, à ce que l’ancienne reine en ait profité pour couvrir sa fuite mais assurément pas à ce que cette dernière gise, pâle comme la mort, genoux à terre. Elle grimaça devant telle preuve de faiblesse honteuse tandis que son regard sombre la passa au crible pour tenter de découvrir l’origine de l’évènement qui venait de se produire. Elle avait remarqué les convulsions avant la charge d’air. Et pour dire la vérité, elle avait piqué sa curiosité. Toujours avide de nouvelles tortures. « Vous ne semblez pas au meilleur de votre forme … » constata-t-elle d’un ton d’une banalité affligeante. Qu’elle ne se méprenne pas, elle ne se souciait pas de sa santé, non, elle s’interrogeait davantage sur le mal qui l’avait assailli. Elle connaissait une maladie qui causait spasmes et évanouissements. Mais la reine n’était pas évanouie. Proche de la mort, certes, mais pas totalement évanouie. Elle s’approcha d’elle et lui tendit une main pour l’aider à se relever. Oui, elle était intéressée plus qu’autre chose et un sujet d’étude valait toujours mieux qu’un jouet d’ambition. Il y avait tellement d’occasions d’en trouver d’autres.

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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 21 Nov - 19:21

[Outch, je suis affreusement en retard, toutes mes excuses, vraiment !]

    Le souffle court, les muscles flageolants, le visage pâle et l'échine couverte de sueur, Lilian avait une mine horrible. Et si elle n'avait nul miroir dans les environs pour le lui prouver, elle en était douloureusement consciente. Elle n'avait probablement jamais autant haïs ses accès de faiblesse qu'en cet instant, où le poison avait encore un peu plus marqué sa domination sur son corps, la forçant à mettre genoux à terre devant une ennemie. Les remèdes de l’alchimiste n’avaient qu’une action limitée, et il lui tardait d’obtenir un remède définitif à ce mal. Il lui faudrait retourner dans la repère du Grand Magicien pour se rappeler à son bon souvenir, et ce incessamment sous peu. Mais encore faudrait-il pour cela qu’elle se débarrasse de cette insupportable épine qui était bien partie pour lui rendre la vie insupportable.

    Lorsque la Comtesse se redressa et prit la mesure de son handicap, Lilian s’étouffer d’amusement à ses paroles. C’était l’euphémisme du jour. Voilà presque dix ans que la Reine du Ruad n’était plus au meilleur de sa forme. Et que pour cette vipère en soit le témoin, la déchéance était vraiment complète. Sans doute arrivait-elle au bout du chemin. Mais il ne serait pas dit qu’une Ruadháin baisse les bras dans l’adversité. Lilian n’était nullement du genre à s’apitoyer sur son genre, et après avoir tousser légèrement pour se dégager la gorge, elle laissa d’ailleurs échapper un rire profond, sarcastique et même un peu hystérique sur les bords.

    Elle releva la tête en sentant la jeune femme s’approcher d’elle. Lorsque la veuve noire lui tendit la main, elle lui jeta un regard amusé de derrière ses mèches rousses, et ses lèvres s’étirèrent en un rictus froid. Refusant la main tendue, Lilian fit lentement glisser son épée de son fourreau et la ficha dans le sol, prenant appui sur elle pour se redresser de toute sa taille. Elle surplombait Nimüe de quelques centimètres, et malgré la fatigue, elle gardait son aplomb. Tout juste ses mains tremblaient-elles légèrement, contre coup des convulsions. Elle payerait cette bravade plus tard pour les courbatures que cela lui vaudrait, mais si la comtesse la pensait diminuée au point de montrer toutes ses faiblesses, elle se trompait lourdement.

    « L’intérêt morbide que vous entretenez pour vos passe-temps serait-il plus fort que votre appétit de pouvoir, comtesse ? » ironisa-t-elle d’une voix tout juste légèrement affaiblie. Son rictus ne la quittait pas, son visage figé dans ce sarcasme légèrement méprisant que tout cela lui inspirait. « Je vous reconnais au moins le mérite d’avoir une intelligence supérieure à ce que j’ai pu voir parmi les gens de votre calibre. »

    Lentement, Lilian leva une main pour repousser les quelques mèches qui collaient à son front moite, puis repousser sa tresse par dessus son épaule. Elle posa un regard plus calme sur son interlocutrice. Elle n’avait ni la volonté ni le temps ni l’intérêt de jouer au chat et à la souris avec la comtesse. Elles avaient toutes deux des avantages évidents dans cette confrontation, et à l’écart de tout public les convenances étaient bien le cadet de leurs soucis. Elles étaient de plus toutes les deux bien assez intelligentes pour s’entendre et savoir qu’en échange de sa tranquillité Lilian devrait payer un prix. D’un haussement de sourcil, elle fit comprendre à Nimüe qu’elle attendait ses questions.

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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 28 Nov - 15:22

Nimüe était encore quelque peu sonnée de sa rencontre brutale avec l’arbre. L’arrière de son crâne la faisait encore atrocement souffrir en diffusant une douleur sourde dans l’ensemble de son visage. Mais elle n’en laissait rien paraître. Elle ne savait que trop bien dissimuler ses sentiments, ses émotions. Et avant toute chose, elle était parfaitement capable de maîtriser sa douleur, de lui prodiguer une gifle afin de la faire taire. Elle avait grandi ainsi. Elle s’était élevée seule de cette manière. La seule et unique manière qui permette de survivre dans le monde qu’elle connaissait alors. Et le fait d’être supérieure à celle qu’elle admirait tant après être enfin sorti de sa geôle sordide. Etre debout alors que l’autre courbait l’échine. Avoir toutes les relations, toutes les richesses quand l’autre devait se résoudre à dormir tel un va-nu pied, à se nourrir de racine et à supporter le froid mordant de l’hiver. Oui, cela valait la peine de ne pas accorder la moindre attention à la souffrance. De physique, elle ne pouvait souffrir la comparaison avec l’exaltation psychique auquel se livrait Nimüe et qui transparaissait clairement et sans ambiguïté dans le noir profond de ses pupilles. La Comtesse laissa retomber sa main le long de son corps gracile en observant la reine déchue se relever péniblement. Elle devait bien le lui reconnaître. Elle savait restée digne et si elle avait dû monter sur l’échafaud, Nimüe était persuadée que ça aurait été la tête haute. Elle aurait incendié de son regard majestueux la populace noire et sale. Et aurait foudroyé de sa fierté ses bourreaux. Oui, même déchue, Lilian conservait son sang royal quoi faisait qu’elle ce qu’elle était. Qu’elle soit ou non sans trône et sans titre ne changeait rien dans son attitude. Elle avait ça dans le sang.

La Comtesse poussa un profond soupir et planta son regard dans le sien. Elle s’humecta les lèvres, comme à chaque fois qu’elle devait réfléchir. Comme à chaque fois qu’elle se trouvait face à des intérêts mis en balance. Et quels intérêts en l’occurrence. Ramener la reine au Sieur Rahl l’aurait très certainement aidé dans ses ambitions de façon remarquable. Il ne se cachait pas qu’il désirait la dominer, qu’elle lui prête allégeance. Mais pour ce faire, elle ne le ferait qu’après un traitement personnalisé de la part des Mord-Sith. Et aussi venimeuse que l’était Nimüe, elle n’imaginait pas même infligé pareille souffrance, même à son pire ennemie. Surtout que connaissant les dames considérées, elles ne se priveraient pas d’en tirer tous les honneurs, oubliant que c’était elle et elle seule qui leur avait amené. Darken Rahl saurait-il seulement la carte maitresse qu’elle aurait été dans ce scénario ? Non, même si elle avait choisi le mauvais camp, Nimüe avait déjà obtenu satisfaction en la confrontant. En confrontant son passé pouilleux au présent grandiose. Elle avait obtenu sa revanche en quelque sorte. Et la Reine présentait un tout autre intérêt maintenant. Un intérêt qui la titillait au plus haut point et la consumait de l’intérieur. Ne laissant rien paraître de son excitation, elle lui demanda posément : « Bien étrange maladie dont vous semblez souffrir. Soit vous l’avez bien dissimulé, soit … »

Elle garda le silence quelques instants, scannant les informations qu’elle avait accumulé jusqu’à présent. Tant sur la Reine que sur ce dont elle venait d’être témoin. Mais rien ne semblait venir titiller sa mémoire. Aussi lui sourit-elle délicatement avec une idée clairement en tête qui transparaissait sur son visage même pour un aveugle : « Je pense que nous pouvons trouver un arrangement. » conclut-elle. « Révélez moi ce qui vous est arrivé dans les moindres détails et Darken continuera de vous croire dans l’autre monde. » La tournure des évènements commençait sérieusement à lui plaire. Elle n’avait peur être pas récupéré ce qu’elle était venue chercher ici à l’aube mais elle avait clairement obtenu davantage.

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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Mer 23 Déc - 15:56

    Bien qu'elle n'ait pas le loisir de réfléchir et philosopher à sa guise, Lilian commençait à comprendre lentement mais sûrement qu'elle n'avait pas face à elle n'importe quelle intrigante. La comtesse de Ciàlmy semblait bien plus complexe que ceux (de son calibre) que la reine déchue avait rencontré jusque là. Si ses objectifs semblaient relativement limpides et habituels, son passé semblait bien plus... mystérieux. Lilian ne manquerait pas de se renseigner à son sujet, quoi qu'il fusse plus difficile d'obtenir aujourd'hui les réponses qu'on lui amenait autrefois à un simple claquement de doigts. Qu'à cela ne tienne, elle saurait éclaircir cette énigme... en temps et en heure.

    Car en cet instant, seul le repos semblait digne d'un quelconque intérêt. Malheureusement, entre elle et un certain répit se dressait toujours cette vipère qu'il lui fallait nourrir de quelques sombres secrets afin de la repousser. Lilian ne voyait nul inconvénient à échanger le secret de sa condition contre l'absence de Mord-Sith à ses trousses. C'était peu cher payer sa tranquillité (fort vitale dans son état de santé). Que la Comtesse aille s'amuser avec les sombres créatures des frontières si elle le souhaite, elle pouvait tout aussi bien y laisser la vie que ce serait un bonus non négligeable. Quelles que soient les conséquences de ses révélations, Lilian doutait qu'elle ait jamais à craindre ou regretter quoi que ce soit. Ce poison ou un autre, dans les doigts d'une veuve noire ce n'était qu'une simple corde de plus à son arc, un bijou dans sa collection.

    « Je crains qu'il ne vous faille bien plus d'efforts qu'un lever avant l'aube pour cueillir quelques fleurs venimeuses afin d'obtenir ce qui vous intéresse, comtesse. » remarqua-t-elle, la raison expliquant la présence d'une telle femme en ces campagnes désertées ne lui ayant pas échappé. Lentement, Lilian porta sa main gauche au creux de ses reins, là où sa hanche droite semblait régulièrement s'embraser. « Je fus mordue par une créature du Royaume des Morts, il y a de cela une dizaine de lunes. » avoua-t-elle finalement.

    Et puisque c'était là les exigences de son interlocutrice et qu'elle ne s'en tirerait pas à moins, elle s'attela à la fastidieuse tâche de raconter ce jour maudit. Ce jour où, prise en chasse par des hommes de Darken Rhal, elle avait traversé de front la frontière affaiblie qui séparait alors encore en quelques endroits D'Hara et les Contrées du Milieu. Cherchant à protéger son identité, elle n'avait eu d'autre choix que de braver le royaume des morts. Cela avait été très bref, mais contrairement à certains évènements du même calibre que l'on oublie très rapidement tant ils étaient flous, ces instants s'étaient gravés dans sa mémoire, ravivés par des cauchemars récurrents. Arme au point, elle avait été extrêmement rapide. La créature qui l'avait assailli par le flanc, et dont elle se remémorait la gueule effilée et reptilienne, l'était d'autant plus. Ses crocs courbés avaient tenté de se ficher dans sa chair. Elle n'avait pu, que d'un coup de pommeau violent, repoussé son assaillant, ce qui lui avait sans nul doute sauver la vie : car un seul de ses crocs avaient pu percé sa peau fragile, provoquant une douleur atroce. Si c'était là l'effet d'une blessure superficielle, elle ne doutait pas qu'une véritable morsure profonde l'aurait tué ou paralysé sur le coup.

    « Depuis, je suis prise de crises de convulsions telles que vous venez d'en voir, et le poison se diffuse lentement dans mes veines... » conclut-elle, stoïque. Devinant l'intérêt morbide de la comtesse, elle déboutonna son pourpoint et tira sur sa chemise afin de pouvoir la soulever. Il n'était pas nécessaire qu'elle dénude beaucoup de sa personne : il suffit qu'elle se tourna, exposant ses hanches, pour que les tentacules noirâtres qui ornaient son tronc soient clairement visibles sur sa peau diaphane. Au centre de ce réseau, une étoile couleur d'encre marquait son territoire.
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 9 Jan - 16:21

Peu de choses entraînait cet étirent sincère des lèvres de la Comtesse de Ciàlmy. Voir que ses plans se déroulaient à merveille. L’entrée de Lochlyn dans la pièce où elle se trouvait elle-même. Une victoire aussi muette qu’inévitable. Mais rien en comparaison de ce qu’elle pouvait éprouver lorsqu’une nouvelle possibilité, un nouveau poison insidieux se glissait lentement et se laissait deviné sous ses prunelles enchantées. Toujours avide de connaissances et de découvertes, elle aimait à cultiver son esprit et son savoir. Elle savait que les terres qu’elle foulait des pieds, que la magie et que ce que Dame Nature avait imaginé pour ses enfants étaient sans limite et qu’elle n’en connaissait pas même le quart. L’idée de découvrir une nouvelle façon de faire souffrir autrui, de le condamner à une mort lente ou rapide mais dans tous les cas inévitable agrémentait sensiblement sa journée. Plus encore lorsqu’il s’agissait d’un poison rare et dangereux à obtenir lorsque le laissait entendre la Reine déchue. Nimüe s’essuya les mains l’une contre l’autre. Elle accueillit les propos de Lilian avec un silence respectueux et l’observa minutieusement dans chacun de ses gestes, dans chacune des variations de sa voix. Souhaitait-elle y déceler les contours incertains du mensonge ? Ou était-elle aussi attentive que lorsque les prisonniers lui enseignaient les quelques conseils qui lui permettraient de survivre dans le monde impitoyable de l’extérieur ? Elle pencha la tête légèrement de côté lorsqu’elle la vit porte sa main dans le creux de sa chute de rein. Comme si elle pouvait voir à travers ses vêtements. Comme si ça pouvait révéler l’origine de ses maux.

Mais les propos que l’ancienne Reine tint lui firent relever la tête pour planter un regard acéré dans le sien. Elle avait été mordue par une créature du Royaume des Morts et elle était encore vivante ? Elle avait comme tous les enfants de D’Hara entendu parler de ces êtres fantomatiques et dangereux. Ils hantaient même tous les cauchemars des enfants alors. Et nul ne pouvait entendre leur nom sans frissonner de peur, aussi fugace et infime soit-il. Nimüe redressa un sourcil perplexe. Elle savait que leur simple toucher était mortel. Elle imaginait que se faire mordre par ces derniers entraînait une mort aussi brutale, sans doute plus douloureuse. Mais pas un seul instant, elle n’aurait imaginé que leur suc était un poison à l’instar des aspics. Elle écouta alors le périple de son sujet d’étude. Avec attention. Avec intérêt. Et pour la première fois depuis qu’elles s’étaient rencontrées en ce froid matin, elle la vit comme un être humain et non pas un simple pion. Un être humain qui ne lui était pas totalement étranger et indigne d’intérêt, cela va sans dire. Ainsi, seul un croc avait pu transpercer la chair délicate et douce de la Reine. Cela expliquait le fait que cette dernière se tienne debout devant elle, en relative santé.

La veuve eut un léger soupir d’anticipation lorsqu’elle vit son interlocutrice se retourner et lui montrait ce qu’elle désirait voir depuis lors qu’elle lui avait révélé l’histoire entière. Elle se mordilla la lèvre inférieure tandis que des étincelles de satisfaction intense émanait dans le creux de ses prunelles noires. Elle s’approcha en douceur, les mains jointes, presqu’avec révérence. Finalement, elle s’arrêta et se pencha devant les signes noirs qui couraient le long des veines de la reine déchure, au gré de leurs envies mortelles. C’était un tableau d’un grand maître. Elle semblait n’avoir jamais rien vu d’aussi beau. Une beauté effroyable. Bien évidemment, il n’agissait pas de façon des plus discrètes et ces marques noires aussi somptueuses soient-elles mettaient clairement à jour un poison. Mais peu importait. La mort insidieuse ne devait pas toujours se faire dans l’ombre. Et lentement une idée mûrit dans le creux de son esprit. Ne serait-il pas délicieux de voir le corps nu de Darken se paraître de ces marques fatales ? Il ne mourrait pas tout de suite mais indubitablement de qui se rapprocherait-il pour tenter de trouver une solution après que tous ses charlatans magiciens n’aient pas pu lui venir en aide ?

« Magnifique. » ne put-elle s’empêcher de murmurer, émerveillée de tant de beauté. Elle se redressa et laissa Lilian se recouvrir tandis qu’elle venait à nouveau se tenir face à elle. « Je vous remercie, Reine. » Elle garde la silence quelques instants mais avant que la flamboyante guerrière ne se couvre à nouveau, elle l’arrêta d’une proposition. « Est-ce que cela serait trop vous demander que de me permettre de prélever un peu de ce sang malingre au niveau de cette marque ? » Elle aurait pu séduire le premier guerrier venu mais cela aurait jeté un feu sur ses recherches et elle n’avait pas envie d’attirer l’attention. Certains, les gens de cour en avaient l’habitude mais elle ne tenait pas à paraître la coupable idéale lorsque le Grand Darken Rahl viendrait à souffrir de cette maladie inconnue et dangereuse. « Je souhaiterai en savoir plus sur la façon dont ce poison fonctionne. Si cela ne vous cause pas trop de préjudice, évidemment ? »

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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Dim 17 Jan - 13:44

    Le regard ardent de la Comtesse avait de quoi en mettre mal à l'aise plus d'un, et bien que Lilian ne soit pas facilement intimidée, elle ne faisait pas exception. Tant d'intérêt morbide posé sur sa personne en raison du poison qui la minait chaque jour un peu plus, ça n'avait rien de plaisant. Tout juste pouvait-elle se réjouir d'avoir pu détourner l'attention de son opposante de l'idée de la dénoncer aux Mord-Sith. Ce n'était pas négligeable, mais elle en gardait néanmoins un goût amer : dévoiler sa faiblesse n'était pas pour flatter son ego... et apaiser sa conscience, puisqu'elle ne doutait pas des finalités qu'aurait cette découverte pour une telle intrigante. Ce maudit regard était bien assez parlant en soi.

    Qu'à cela ne tienne, elle ne se laisserait pas démonter. Une fois qu'une Ruadháin avait pris sa décision, il était bien difficile de l'en faire démordre. La brise matinale caressa sa peau nue lorsqu'elle souleva sa chemise pour dévoiler son corps marqué, mais, les dents serrées, Lilian n'avait d'attention que pour la jeune femme qui lui tournait autour, le regard brûlant d'avidité. La Comtesse de Ciàlmy était vraiment un cas particulier, elle rappelait à Lilian les vieux chercheurs obnubilés par leur passion. Ça ne l'aurait probablement pas autant dérangé si elle n'était pas victime de cette obsession. Elle se retint d'ailleurs de rouler des yeux lorsque Nimüe eut le culot de qualifier sa lente mort de "magnifique". Elle ne fit cependant aucun commentaire et rabaissa le tissu de lin lorsque la jeune femme s'écarta.

    Elle ne s'attendait pas vraiment à la requête qui suivit, mais après réflexion ça n'aurait pas dû l'étonner. Elle posa d'ailleurs un regard impassible sur la veuve noire en réfléchissant à sa réponse. Qu'on lui prélève un peu de sang ne la dérangeait pas : Spurius et un certain nombre des charlatans qu'elle avait consulté jusqu'ici l'avaient fait pour leurs recherches, et elle était désormais blasée. Mais elle avait jusqu'ici donné son sang pour qu'on puisse la soigner et non pour qu'on puisse affliger à d'autres les tourments qu'elle subissait actuellement. Elle ne doutait pas que son aversion a une telle idée était évident malgré une expression qu'elle voulait blasée.

    « Je suis curieuse de savoir à qui vous affligerez les longs tourments qui sont les miens Comtesse... » avoua-t-elle d'une voix calme, tandis qu'elle cherchait d'un regard pensif la réponse à sa question sur l'expression de son interlocutrice. « Non... à vrai dire, un nom m'importe peu. »

    Avec un soupir, Lilian rejeta ses longs cheveux tressés par dessus son épaule et se dirigea vers une épaisse souche d'arbre. Elle fit signe à sa compagne de la suivre d'un geste de la main négligent. Elle s'installa sur son siège improvisé, présentant son dos à Nimüe. Elle lui jeta un regard par dessus son épaule, plus perçant celui-ci :

    « Assurez-vous simplement que ce ne soit pas l'un des miens... » Sous-entendu, un membre de son peuple ou de la résistance. « car je combattrais bien assez longtemps les griffes de la Faucheuse pour vous emmener avec moi dans ma tombe. »

    Ceci dit, elle retira son pourpoint et le posa sur ses genoux avant de lever les pans de sa chemise, dénudant tout son dos pour permettre à l'empoisonneuse d'y accéder.
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Nimüe Deldúwath
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Lun 1 Fév - 15:31

Un sourire en coin accueillit les propos de la reine déchue. Un regard brun se posa dans le creux de son regard interrogateur. Mais avant que Nimüe ne puisse répondre à sa question d’une phrase vague, Lilian revint en arrière. Elle ne voulait pas savoir. Les lèvres légèrement entrouvertes de l’empoisonneuse se muèrent en un sourire ardent tandis qu’elle joignait les mains avec délicatesse, attendant que la mourante accède à sa requête. Elle pencha légèrement la tête de côté et d’un ton sensiblement amusé lui fit savoir : « Cela vaut mieux en effet. Où serait tout l’intérêt de savoir où tombe la foudre en avance ? Qui elle est susceptible de toucher ? Et qui pourrait succomber à la lente mais néanmoins voluptueuse agonie du poison ? » Oui, elles avaient des conceptions sensiblement opposées. Nimüe avait parfaitement conscience que son ancienne reine était l’une de ces rares femmes au caractère aussi fort que noble, l’une de ces femmes qui forgent l’admiration des hommes. Le sexe fort, comme ils se plaisaient à le croire, souhaitait plier genoux devant ce genre d’amazone, la servir jusqu’à ce que la mort s’ensuive avec fierté et une totale dévotion. Bien loin de ces courtisanes et de ces demoiselles agiles ne pensant qu’à leur propre plaisir et s’avilissant devant quiconque portait un pantalon. En ceci, toutefois, la gracieuse reine et l’impassible veuve noire avait un point en commun : elles différaient de leurs consœurs. Les hommes les respectaient et les traitaient comme leur égal. Par admiration pou par crainte, peu importait. Elles leur demeuraient supérieures.

Elle la suivit du regard s’installer sur une souche de bois et lui présenter son flanc nu afin qu’elle fasse ce qu’elle lui avait demandé. Nimüe appela sa jument d’un claquement de langue et cette dernière se rapprocha au petit trot. Elle attrapa une fiole dans un de ses sacs de voyage et se rapprocha de la reine déchue pliant genou avec grâce afin de prélever le précieux élixir qui s’échapper déjà de l’écorchure qu’elle venait de lui causer. Une de plus, une de moins ne changeait pas grand-chose, pensa-t-elle fugacement en découvrant les discrètes mais nombreuses cicatrices sur le corps de Lilian. La veuve l’écouta avec attention mais ne put s’empêcher d’émettre un petit rire : « Car vous pensez sincèrement qu’il reste encore des vôtres ? Si tel était le cas, où sont-ils ? Je ne les vois pas. » Il s’agissait d’une légère mauvaise foi. Les membres de la Résistance, les anciens soldats de Ruadhàin se faisaient rares en D’Hara certes mais elle avait entendu parler d’une résistance véhémente en Contrée du Milieu. Toutefois, cela ne la concernais en aucune manière. « Et en toute hypothèse, mes aspirations s’élèvent un peu plus haute que de vulgaires soldats de campagne vêtus de haillons et d’armes rouillés par trop de nuits dans la forêt. »

« C’est terminé. » Elle se redressa et alla installer la fiole dans ses bagages. Elle était au bord d’un bonheur sans nom à l’idée d’avoir découvert une nouvelle manière de jouer avec les fils sanglants de la mort et de se jouer de cette dernière. Raison pour laquelle les menaces de Lilian ne la touchaient pas davantage. Elle travaillait chaque jour avec la Grande Faucheuse. Si elle devait se mettre à la craindre, il n’y aurait aucune avancée de faite. La mort ne la paralysait pas, bien au contraire. Elle lui permettait d’avancer et de progresser. Elle laissa l’ancienne reine se rhabiller et se relever. L’idée ne lui effleura pas même l’esprit de lui venir en aide d’une quelconque manière que ce soit. Elle avait obtenu d’elle ce qu’elle désirait. « Je crois que c’est ici que nos chemins se séparent, Reine. Je ne vous dénoncerai pas. Darken Rahl ignorera votre survivance tant que vous resterez assez maligne pour la dissimuler. » Elle lui adressa une révérence de circonstance et se rapprocha de sa jument avant de s’arrêter en cours de route et de se tourner vers elle : « Si jamais par le plus grand des hasards, je suis prise un jour d’un sentiment de pitié et veuille vous adresser l’antidote, je saurai vous trouver ? » Bien fou était celui qui y voyait un acte désintéressé.

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Lilian Ruadháin
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MessageSujet: Re: Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)   Sam 20 Fév - 22:56

    Lilian subit sans ciller la coupure suivie du prélèvement de son sang. Une piqûre d'insecte comparé à ce qu'elle avait déjà supporté. Un insecte ennuyeux vous bourdonnant dans l'oreille, menace voilée de l'arrivée de toute la meute assoiffée. Mieux valait subir celle-ci, repousser le nuisible, et fuir au galop là où nul, pas même le plus tenace des hexapodes, aurait le courage de vous suivre. Se faire oublier quelques temps dans des régions glaciales ou nulle courtisane, même la plus mortelle, ne daignerait pointer son nez paraissait un très bon plan. Elle en profiterait pour rendre visite à une connaissance, puisque le mal qui lui rongeait le corps s'était rappelé à elle au moment le moins opportun. Tuer le nuisible aurait également été une solution (peut-être plus sûre) contre laquelle Lilian, aussi écologiste soit-elle, ne se serait pas refusée, mais le destin en avait choisi autrement.

    « Ne soyez pas idiote comtesse, ce n'est pas parce qu'on court les campagnes ou que l'on n'a d'attention que pour sa fortune personnelle que l'on ignore ce qui se trame par delà la frontière. A ne voir que ce que sur quoi vous portez votre attention, et à ne porter votre attention qu'à ce qui brille sous vos yeux, vous serez détrônée par plus discret que vous. Vous êtes bien placée pour savoir que ce qui rampe offre une mort... inattendue et subite. » répliqua-t-elle sans concession, nullement affectée par les répliques insidieuses de son interlocutrice. Elle n'avait que dédain pour ces discours bien pauvres et méprisables.

    Le prélèvement avait bien heureusement été rapide et Lilian hocha simplement la tête lorsque Nimüe en signala la fin. Elle sortit un mouchoir de tissu rêche d'une poche et l'appliqua sur la plaie dont elle connaissait l'emplacement par cœur. Pressant pour que le saignement s'arrête, elle en essuya les contours afin de ne pas entacher sa chemise. Par expérience, c'était ardu à laver. Elle renfila ensuite son pourpoint et se rhabilla dignement, dans un silence paisible. Elle se leva et se retourna lorsque la Comtesse reprit la parole. Que leurs chemins se séparent et puissent ne jamais se recroiser était son sentiment personnel. Une rencontre avec cette veuve noire lui avait suffi. Si elle tenait parole, elle s'estimerait plus que satisfaite, qu'elle lui laisse quelque répit serait déjà bien heureux.

    Elle resta impassible devant la révérence (moqueuse ? ironique ?) de son vis-à-vis et s'apprêtait à tourner le dos à cette mauvaise rencontre sans plus de façons. Elle ne s'attendant certainement pas à cette demande culottée dissimulée sous une proposition trop généreuse pour être avalée par un fou. Surprenante jusqu'au bout serait cette Comtesse.

    « Je suis sûre qu'une personne avec vos ressources et votre volonté n'aura aucun mal à braver ce genre d'obstacles bassement matériels Comtesse. » répliqua-t-elle avec une ironie palpable et pourtant un visage extrêmement sérieux. « Que vos victimes reposent en paix. » la salua-t-elle une dernière fois avant de s'enfoncer dans les fourrés pour rejoindre la clairière où elle avait laissé sa jument et le reste de ses affaires.
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Ferme les paupières, rejoins la nuit (r)
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